Comment construire un TLA ?

Archive 2020

Billet publié initialement en 2020 sur l'ancien site caausette.com. Les connaissances en CAA évoluent : certaines données, références ou liens ont pu changer depuis.

Dans cette capsule, quelques conseils pratiques vous sont présentés. L'objectif est de vous aider dans le processus de création d'un Tableau de Langage Assisté. Bonne lecture !

Choix de la thématique

La première question à se poser concerne le thème du TLA. Il est possible de le puiser parmi :

des activités quotidiennes

bain, repas, télévision, habillage, trajet, mise au lit, coiffage, préparation du repas, routines scolaires (ex. accueil matinal),...

des activités ludiques

jeu sur tablette, jeu de construction, bricolage, activité artistique (peinture, ...), activité sensorielle (ex. Snoezelen), bulles, parc/plaine de jeux, lire une histoire appréciée, jouer aux petites voitures, regarder des vidéos sur YouTube, préparer du « slime », écouter de la musique, cache-cache et course-poursuite, jouer de la musique, pâte à modeler, bac à sable, zoo,...

Il est judicieux de démarrer avec des thématiques, et donc des activités, qui font plaisir au principal intéressé ! Peut-être avez-vous très envie de faire passer certains messages au moment de l'habillage afin d'accroître l'autonomie de votre bénéficiaire, mais démarrer avec un TLA centré sur l'une de ses activités appréciées attirera bien plus son attention. Les intérêts de nos bénéficiaires, comme les nôtres, étant souvent bien précis, créer des TLA devient vite incontournable lorsqu'on se lance avec eux (= personnalisation) !

Pour aller plus loin : toutes les activités ne suscitent pas les mêmes actes de communication (= les « pourquoi on communique », ex. protester, demander, donner son avis,...). Aussi, certaines activités sont plus prolifiques que d'autres au niveau de la « communication » générée.

Choix du vocabulaire

Une fois la thématique cernée, il est nécessaire de procéder à la récolte du vocabulaire qui sera mis à disposition dans le TLA. Pour une cueillette pertinente, il va falloir rapidement mettre de côté une vieille habitude : la tendance à sur-représenter la catégorie des « noms communs » (objets, lieux,...). En laissant trop de place aux noms, nous risquons en effet de limiter la diversité des actes de communication permis. Un tableau intégrant uniquement des noms permettra de faire des demandes ou des choix, pas plus. Or, si ces actes de communication sont importants, ce sont loin d'être les seuls !

Tableau composé uniquement de noms de véhicules.
Tableau de « noms » : demandes, choix pendant un jeu de transports
TLA sur le jeu de transports mêlant questions, verbes, couleurs, négation et noms de véhicules.
TLA avec catégories plus diversifiées de mots : demander un objet (voiture), demander autre chose, choix, commentaire, demander/donner une information, cessation (« arrête »),...

Plusieurs clés peuvent nous aider à définir le vocabulaire au moment du « brainstorming » :

Observer/imaginer ce qui est communiqué habituellement lors de l'activité-cible : cela revient à penser aux différents actes communicationnels possibles dans ce contexte (ex. faire des bulles : encore ! (= demande de récurrence) plus grande ! donne-moi ! Mon tour ! Waw, elle est belle ! (= commentaire/opinion), Elle est où ? (= demander une information), Tout en haut ! (= fournir une information)).

Penser aux besoins de notre bénéficiaire : au quotidien, quels sont les challenges rencontrés pour exprimer tel ou tel acte communicationnel de façon compréhensible par tous ? Cette clé de réflexion nécessite de bien connaître le profil communicationnel de notre bénéficiaire et donc d'avoir réalisé au préalable une évaluation approfondie.

Anticiper ce que le bénéficiaire pourrait avoir envie de communiquer AUTANT que ce que nous voulons mettre en avant : tout le monde doit s'y retrouver et nous visons le naturel !

Laisser la part belle au vocabulaire de base (= mots à la base de la plupart de nos messages, ex. autre, encore, là, pas, maintenant,...), ce dernier étant à la base de la diversité des messages communicationnels. Au sein du vocabulaire de base, certains mots sont des « régulateurs » (encore, aide, fini, autre) tandis que d'autres sont plutôt utiles pour « commenter » (ex. bon, aimer, mauvais,...). Il peut être plus stratégique de favoriser les « régulateurs » au départ, ces derniers possédant une « force » communicationnelle puissante pour les bénéficiaires débutants !

Aussi, certains mots du vocabulaire de base sont extrêmement fréquents (ex. le, un, de, à) mais sont peu puissants sur le plan communicationnel. Ces derniers sont peut-être à laisser de côté dans un premier temps, nos cases étant comptées sur un TLA !

Coup de pouce ? Il est possible de s'aider en complétant la grille proposée ci-dessous. Elle permet de croiser différentes catégories de mots et les actes communicationnels :

Finalement, choisir du vocabulaire, que l'on soit dans le cas de la construction d'un TLA, ou plus loin, lorsque nous choisissons quels mots doivent impérativement être enseignés au bénéficiaire avec son outil de communication robuste, c'est pouvoir répondre à 5 questions :

Le mot
  1. 1Est-ce que nous utilisons beaucoup ce mot ?
  2. 2À quel point le bénéficiaire va-t-il avoir besoin de ce mot à l'avenir ?
  3. 3Quels actes communicationnels soutient ce mot ?
  4. 4Quel mot utiliserait un pair dans cette activité ?
  5. 5Est-ce que ce mot est utile ailleurs ?
Figure inspirée des travaux de Speechymusings, 2019

Construction/remplissage de la grille

Une fois les mots choisis, « il n'y a plus qu'à » construire le tableau à proprement parler !

La taille des cases, le nombre de cases et les espaces inter-cases peuvent dépendre des aspects visuels, moteurs et langagiers propres au bénéficiaire.

En savoir plus

Dans le cas d'un accès direct pour le bénéficiaire, c'est-à-dire si ses capacités motrices lui permettent de « pointer » directement (avec la main ou le doigt) un symbole sur le TLA, il sera peut-être nécessaire de soutenir la précision de son geste pour l'aider à mieux se faire comprendre. Comment ? En espaçant davantage les cases, par exemple.

Deux grilles pointées par une main : l'une avec des cases espacées, l'autre avec des cases collées.
Figure issue du manuel CHAT-Now
En savoir plus

Si cela vous intéresse, n'hésitez pas à consulter les chapitres 4 (accès alternatifs) et 6 (évaluation des compétences spécifiques) de l'ouvrage « Communication Alternative et Améliorée » des auteurs D. Beukelman et P. Mirenda (traduit en français par E. Prudhon & E. Valliet, paru en 2017 aux éditions De Boeck Supérieur).

La taille des grilles dépend des compétences motrices et visuelles de l'utilisateur.

Concernant le remplissage de la grille, voici quelques « tips » :

Nous avons vu dans la capsule n°1 « TLA, c'est quoi ? » qu'un TLA possède une organisation syntaxique. Cela signifie que nous respectons l'ordre naturel des mots dans le langage parlé et que nous regroupons les mots par catégories. Il suffira de placer, pour un mieux, les mots suivant une logique allant de gauche à droite, telle que proposée dans le tableau présenté ci-dessous :

  1. Mots interpersonnels / interjections
  2. Pronoms
  3. Verbes
  4. Noms communs
  5. Descriptions (prépositions, adjectifs, adverbes)

Nul besoin de placer exactement le même nombre de mots de même catégorie dans chaque colonne ! Il faut parfois « chipoter » (...et déborder un peu sur les colonnes adjacentes !). Le plus important est de suivre le sens logique proposé. Cette organisation syntaxique peut être soutenue via l'utilisation d'un code-couleurs, comme mentionné dans la capsule n°1 : « TLA, c'est quoi ? ». Sur Caausette, nous essayons de respecter au maximum le code Fitzgerald modifié, présenté ci-dessous, mais l'utilisation d'un code-couleurs n'est pas obligatoire.

  • JaunePronoms
  • OrangeNoms
  • VertVerbes
  • BleuAdjectifs
  • BrunAdverbes
  • BlancConjonctions
  • RosePrépositions et mots sociaux
  • GrisDéterminants
  • MauveQuestions
  • RougeNégation et mots d'urgence

Il est préférable de favoriser la cohérence lorsque nous créons plusieurs TLA. Cela signifie que les mots revenant de manière récurrente dans les TLA (ex. Je, aide) doivent idéalement conserver la même position dans les grilles. Cette précaution permet à tous les utilisateurs (bénéficiaire comme partenaires de communication) de retrouver plus aisément les symboles dont ils ont besoin. Ce tips est à mettre en lien avec le principe de planification motrice selon lequel « nous mémorisons aussi avec nos doigts » les positions des symboles. Pour illustrer ceci, pensez simplement à la rapidité avec laquelle vous pianotez sur votre smartphone, et la difficulté qui peut survenir lorsque vous devez vous habituer à une nouvelle configuration des icônes !

Outils de création disponibles et choix des symboles

Plusieurs outils de création s'offrent à vous :

Solutions gratuites

  • Construire le tableau sur un logiciel de traitement de texte classique (Word, OpenOffice, Pages,...) et tirer avantage de la banque de pictogrammes Opensymbols disponibles sur Arasaac gratuitement, par exemple.
  • Le logiciel AraBoard (pictogrammes Opensymbols)
  • Le logiciel Picto-Selector (pictogrammes Sclera, Opensymbols,...)

Solutions payantes

  • Le logiciel Boardmaker (fournit les pictogrammes PCS, tels que ceux présents en tant qu'illustrations sur Caausette)
  • La plateforme CoughDrop (donne accès à plusieurs banques de symboles, dont les pictogrammes PCS, possibilité d'essayer gratuitement l'outil pendant deux mois).

Cette liste n’est pas exhaustive : il est aussi possible d’utiliser chaque application de CAA pour éditer une grille (TD Snap de Tobii Dynavox, Grid de Smartbox,...).

À nouveau, la cohérence est importante : veillez à utiliser systématiquement le même symbole pour un mot ! Travailler si possible avec la même banque de symboles permet aussi une uniformité visuelle.

Et vous, comment procédez-vous pour construire un TLA ? Connaissez-vous d'autres outils de création ? Partagez vos astuces !

Pour aller plus loin

Pour celles et ceux qui ont envie d'approfondir la thématique, je propose la fiche suivante :

Sources
  • Banajee, M., Dicarlo, C. & Stricklin, S. (2003). Core vocabulary determination for toddlers. Augmentative and Alternative Communication, 19, 67-73.
  • Beukelman, D.R. & Mirenda, P. (2017). Communication Alternative et Améliorée (E. Prudhon et E. Valliet, trad.). Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur. (Édition originale publiée en 2013).
  • Dewart, H. & Summers, S. (1995). The Pragmatics Profile of Everyday Communication Skills in Children. wwwedit.wmin.ac.uk/psychology/pp/children.htm
  • Goossens', C., Crain, S. & Elder, P. (1992). Communication displays for engineered preschool environments: Books 1 and 2. Solana Beach, CA : Mayer-Johnson.
  • McDonald, E. & Schultz, A. (1973). Communication board for cerebral palsied children. Journal of Speech and Hearing Disorders, 38, 73-88. (Fitzgerald key).
  • Porter, G. & Cameron, M. (2007). CHAT-Now manual: Children's Aided Language Tools. Australia : Communication Resource Centre – Scope.
  • Thistle, J. J., Holmes, S. A., Horn, M. M. & Reum, A. M. (2018). Consistent Symbol Location Affects Motor Learning in Preschoolers Without Disabilities: Implications for Designing Augmentative and Alternative Communication Displays. American Journal of Speech-Language Pathology, 27(3), 1010-1017. doi: 10.1044/2018_AJSLP-17-0129.
  • van Tilborg, A. & Deckers, S. R. J. M. (2016). Vocabulary Selection in AAC: Application of Core Vocabulary in Atypical Populations. Perspectives of the ASHA SIGs, 1 (SIG 12), 125–138. doi: 10.1044/persp1.SIG12.125
  • praacticalaac.org/strategy/communication-boards-colorful-considerations
  • Suc-Mella, M. (2017). Les TLA (ALD), article complet. caapables.fr
  • vantatenhove.com
  • speechymusings.com
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